CARTOGRAPHIE POETIQUE D'UN CONTINENT LITTERAIRE (TL)


SUPPLIQUE

POUR Ré-ENCHANTER LA GEOGRAPHIE

La géographie est un oiseau étrange.

Il vole n’importe où : il plane en altitude ou piétine au ras du trottoir,

aigle royal et pigeon à la fois ; Il rêve

Il rêve d’embrasser l’infiniment petit et l’infiniment grand,

il veut tout voir et tout savoir.

Il vole n’importe quand : dans le jour pâle ou dans le noir,

sous la pluie, sous la lune, et même sous les balles. Il passe

Il passe à travers les tirs, car au fond nul ne l’a jamais vu ;

nul ne sait qui il est, ni s’il existe vraiment.

Car il vole n’importe comment.

Comment ferait-il autrement ? Il a deux ailes antagonistes :

l’une est grave et dure, é-conomiste,

alarmiste et comparatiste.

Mais l’autre avec désinvolture

taquine la littérature :

Quand l’oiseau fait le cartographe,

il sème des mots à tout vent

écrivant de bleus paragraphes

en colliers de lettres bizarres

qui se contorsionnent au hasard

des courbes des continents,

sortant des bouches des rivières,

des gorges des Cordillères ;

ourlant cols, manches et ceintures

cette étrange nomenclature

comme une couturière

s’amuse à habiller la Terre.

la Terre se tient sage et tranquille

pendant que l’oiseau la maquille

elle sourit encore

de ces mots zigzagant

sur son corps

de ces billets extravagants

voguant mélancoliques

comme des pneumatiques

oubliés sur la mer.

C’est cet oiseau-là que j’aime ;

un jour je l’ai entendu.

Il avait presque disparu

derrière les barreaux des n-ièmes

rangs mondiaux de développement

et sous les flèches meurtrières

des milliards d’investissements

imaginaires

tournant autour de la Terre…

Blessé au creux des ailes

par tout ce qui au fond

ne tourne pas rond,

il incantait de plus belle

d’éternelles formules magiques

d’Océanie ou d’Amérique :

« Terre Adélie, Mississippi, Orénoque ou Patagonie » ; il s’amusait

à prononcer « Antarctique » ; il espérait

faire son nid aux Canaries ; il savait

les couleurs de la mer, la forme des nuages

et que les gens sont beaux sur les simples rivages

où l’on sait qui l’on est.

Il aimait la Terre des hommes ;

pas celle des sociétés

anonymes,

des palmarès et acronymes.

C’est pourquoi au lieu -au lieu

de pleurer,

de tout compter et comparer,

il nommait les lieux

de son mieux…

histoire de rappeler

l’autre côté

de la réalité

il épelait

au ras de la Terre

la beauté de l’Univers…

Terre dont l’Homme avait la manie

d’oublier de s’émerveiller ;

mais l’Oiseau, contre l’amnésie

croyait à la poésie.

Marie Malherbe, nov. 2015



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alex a écrit le 13.01.2015
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